dimanche 22 juin 2025

Chemin de Compostelle - Le 28 Avril 1999

 

Voici, les Côtes du Nivernais, pays d’élevage à n’en pas douter. Les vaches accompagnent ma lente marche du regard, elles cessent de brouter pour mieux profiter du spectacle. Et là, dans ce pré, elles sont quinze à se mettre en ligne, le taureau, lui, est resté en retrait. Je m’arrête, elles attendent patiemment que je reprenne la route.
J’ai toujours entendu dire que les vaches regardent les trains passer, sûrement qu’ils sont trop rapides de nos jours, elles auront trouvé mieux, la pèlerine et son gros sac bleu. A moins que je ne les fasse rêver, le temps de la transhumance est, peut être, encore inscrit dans leurs cellules, images de vastes prairie, d’herbes sauvages...
Depuis hier, je vais demander l’eau chez l’habitant, c’est que les fontaines d’eau vive ne sont plus que bouches asséchées. Les gens sont contents de me rendre ce service. La petite dame que je quitte, a rempli la gourde d’eau minérale : « Comme pour nous », a-t-elle dit.
Pour soulager mes pieds qui fréquentent les enfers, j’ôte régulièrement chaussures et chaussettes. Après quelques minutes, la température baisse, il est temps de repartir.

J’ai hâte d’arriver à Nevers, j’ai décidé d’y dormir à l’hôtel. L’idée d’un bon lit, d’une douche plus que nécessaire, j’avance d’un bon pas. Il me faudra aussi laver mon linge, j’irai dans un lavomatique, et puis je passerai dans une pharmacie pour tenter de soulager mes extrémités avec quelque produit miracle. Demain, avant de quitter la ville, j’irai rendre visite à Bernadette, une promesse dont je ne sais plus l’origine.
L’hôtel pas cher, est très loin du centre ville, pas grave ! Sans le sac, je me sens capable d’aller au bout du monde.
Pas de lavomatique dans cette ville, est ce possible ? C’est ce qu’on me dit à la pharmacie. En fait il y en aurait un, en direction de Carrefour, près de la caserne des militaires, il faut franchir le pont de chemin de fer mais c’est LOIN, pour quelqu’un qui va à pieds. Pas aimables, le monsieur et la dame, je me sens malmenée par leur indifférence hautaine.
La voici encore perdue, la nuit commence à tomber, la fatigue est grande et le bel enthousiasme s’est envolé. Comme un automate, elle se remet à marcher. Elle prend une longue rue qui semble ne jamais devoir finir, elle avance comme s’il n’y avait plus rien d’autre à faire.
Puis, elle reconnait cet endroit où elle le jure elle n’est jamais venue, malgré l’heure tardive c’est encore ouvert. Bernadette repose en ce lieu, si petite, tellement belle en ce "repos éternel".
Elle est ressortie de la chapelle, ses pas l’amènent vers un parcours fléché. Les jardins, après la sévère façade du couvent, l’endroit où le corps a connu la terre sans y succomber, et tout en bas, la source. De l’autre coté du mur, la ville et son agitation… incroyable tout est là, identique à ce que la pharmacienne a expliqué : le pont de chemin de fer, la caserne… 

J’ai eu le temps de laver et de sécher mes nippes. Au café où j’ai attendu, la fleuriste est venue bavarder avec la serveuse: «Quand on a mal aux pieds, on a mal partout». J’ai levé les yeux sur celle qui se plaignait, fatigue et souffrance se mêlent dans le creux des rides. Je me reconnais, elle me sourit, intensité du partage silencieux.
Bien contente, mon linge propre sous le bras, je demande le chemin à une femme devant le portail d’une grande maison. Effrayée par la distance qui me sépare de l’hôtel, elle va chercher son mari, la voiture, et ils me raccompagnent, la nuit est définitivement tombée sur la ville.
Suspension du temps, ces inconnus si proches… tout l’univers là, en cet instant.

 


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci de vos commentaires