Voici,
les Côtes du Nivernais, pays d’élevage à n’en pas douter. Les vaches
accompagnent ma lente marche du regard, elles cessent de brouter pour
mieux profiter du spectacle. Et là, dans ce pré, elles sont quinze à se
mettre en ligne, le taureau, lui, est resté en retrait. Je m’arrête,
elles attendent patiemment que je reprenne la route.
J’ai
toujours entendu dire que les vaches regardent les trains passer,
sûrement qu’ils sont trop rapides de nos jours, elles auront trouvé
mieux, la pèlerine et son gros sac bleu. A moins que je ne les fasse
rêver, le temps de la transhumance est, peut être, encore inscrit dans
leurs cellules, images de vastes prairie, d’herbes sauvages...
Depuis
hier, je vais demander l’eau chez l’habitant, c’est que les fontaines
d’eau vive ne sont plus que bouches asséchées. Les gens sont contents de
me rendre ce service. La petite dame que je quitte, a rempli la gourde
d’eau minérale : « Comme pour nous », a-t-elle dit.
Pour
soulager mes pieds qui fréquentent les enfers, j’ôte régulièrement
chaussures et chaussettes. Après quelques minutes, la température
baisse, il est temps de repartir.
J’ai
hâte d’arriver à Nevers, j’ai décidé d’y dormir à l’hôtel. L’idée d’un
bon lit, d’une douche plus que nécessaire, j’avance d’un bon pas. Il me
faudra aussi laver mon linge, j’irai dans un lavomatique, et puis je
passerai dans une pharmacie pour tenter de soulager mes extrémités avec
quelque produit miracle. Demain, avant de quitter la ville, j’irai
rendre visite à Bernadette, une promesse dont je ne sais plus l’origine.
L’hôtel pas cher, est très loin du centre ville, pas grave ! Sans le sac, je me sens capable d’aller au bout du monde.
Pas
de lavomatique dans cette ville, est ce possible ? C’est ce qu’on me
dit à la pharmacie. En fait il y en aurait un, en direction de
Carrefour, près de la caserne des militaires, il faut franchir le pont
de chemin de fer mais c’est LOIN, pour quelqu’un qui va à pieds. Pas
aimables, le monsieur et la dame, je me sens malmenée par leur
indifférence hautaine.
La
voici encore perdue, la nuit commence à tomber, la fatigue est grande
et le bel enthousiasme s’est envolé. Comme un automate, elle se remet à
marcher. Elle prend une longue rue qui semble ne jamais devoir finir,
elle avance comme s’il n’y avait plus rien d’autre à faire.
Puis,
elle reconnait cet endroit où elle le jure elle n’est jamais venue,
malgré l’heure tardive c’est encore ouvert. Bernadette repose en ce
lieu, si petite, tellement belle en ce "repos éternel".
Elle
est ressortie de la chapelle, ses pas l’amènent vers un parcours
fléché. Les jardins, après la sévère façade du couvent, l’endroit où le
corps a connu la terre sans y succomber, et tout en bas, la source. De
l’autre coté du mur, la ville et son agitation… incroyable tout est là,
identique à ce que la pharmacienne a expliqué : le pont de chemin de
fer, la caserne…
J’ai
eu le temps de laver et de sécher mes nippes. Au café où j’ai attendu,
la fleuriste est venue bavarder avec la serveuse: «Quand on a mal aux
pieds, on a mal partout». J’ai levé les yeux sur celle qui se
plaignait, fatigue et souffrance se mêlent dans le creux des rides. Je
me reconnais, elle me sourit, intensité du partage silencieux.
Bien
contente, mon linge propre sous le bras, je demande le chemin à une
femme devant le portail d’une grande maison. Effrayée par la distance
qui me sépare de l’hôtel, elle va chercher son mari, la voiture, et ils
me raccompagnent, la nuit est définitivement tombée sur la ville.
Suspension du temps, ces inconnus si proches… tout l’univers là, en cet instant.

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