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mardi 23 décembre 2025

Sauve-terre ...

 

Quand je suis entrée dans ce café du coté du Béarn
Le sac sur le dos, la cape aussi, il avait plu
C'était un dimanche...

J'avais marché dans une rue étroite de façades
Déserte, mes pas résonnaient, et une musique
Comme une balle rebondissait de murs en murs
La pluie avait cessé.

Plus loin encore, la ville était aussi déserte
Et puis ce café, cette grande porte vitrée
Je l'ai poussée, j'étais fatiguée, reprendre un peu de force
Avant d'aller chercher l’hôtel pas cher pour les pèlerins.

Une salle si grande, pleine de monde
Ça parlait, ça parlait, me suis glissée entre les tables
Personne ne me voyait, me suis assise dans un coin
Personne ne me voyait et pourtant le garçon est arrivé.

Aussitôt il a pris ma commande, et déjà
J'étais servie. Lui aussi on aurait dit qu'il ne me voyait pas
J'ai bu mon café, j'ai écouté un peu le souffle de la salle
Et puis me suis levée pour partir.

C'est là, alors que je traversais la salle si vaste
Que c'est arrivé, alors que personne ne me voyait
Un vieux monsieur s'est levé, s'est approché
M'a presque prise dans ses bras.

Mes mains il les tenait entre les siennes
Il m'a parlé, il voulait m'embrasser
J'ai pris peur, un peu, juste comme ça
Alors il m'a dit : « Une autre fois. »

Quand j'ai trouvé l'hôtel pas cher pour les pèlerins
Je n'y croyais pas, l'hostellerie du château, de vieux murs
Et de lierres, la pluie avait repris, c'est à peine si j'osais entrer
C'est la fatigue qui m'a poussée à le faire.

Une dame est aussitôt arrivée
Pas eu besoin de lui expliquer, elle m'a invitée à la suivre
Une fois encore, je n'osais pas avec mes gros godillots trempés
Et ma cape qui dégoulinait mais elle était déjà dans l'escalier.

Escalier en majesté, de vieux tapis défraîchis, elle a poussé la porte
La chambre sentait bon la cire, une grande armoire, un lit d'antan
Les volets étaient fermés, « Il ne faut pas les ouvrir »
Oui, tout est bien.

Plus tard, j'ai dîné seule dans une petite salle...
Un brin de jasmin sur la table
Je n'en avais jamais vu, mais je l'ai de suite
Reconnu, tout est bien.

Dehors une petite terrasse, la pluie
Finissait de s'égoutter, doucement
Dans les dernière lueurs du jour
J'étais là, et je n'y étais pas.

Tout est bien, si profondément bien
Quelque chose m'attendait dans cette petite ville du Béarn
Quelque chose de silencieux.
J'étais bien au rendez-vous... 
 
 
 
 
 



mercredi 24 septembre 2025

Chemin Compostelle-Des mots retrouvés (5)

De la bête immonde

Un jour que je marchais sur le chemin, m'étais arrêtée aux abords d'un champ, il y avait là une sorte de puits … je cassais la croûte, tétais la gourde, lorsque surgit un homme pas content, pas content du tout ! "Qu'est-ce que je faisais-là ? D'où je venais ou j'allais, etc."
Je me levais et toisais le petit homme, lui tenant tête, refusant de lui montrer mes papiers, de quel droit ?
Il se mit à me raconter plein d'histoires, qu'il était maire de... (rien à foutre), que je pouvais très bien empoisonner l'eau du puits, que …
« Monsieur, je finis de casser la croûte et je reprends mon chemin. Appelez les gendarmes si vous voulez. Bonne journée à vous, bonne journée chez vous ! »

Bon dieu si quelqu'un avait droit à la peur, dans cette situation, parce que quand même ! Une femme toute seule sur le chemin !
J'ai fait comme j'avais dit, mon sandwich avait un drôle de goût, mais je l'ai fini, et j'ai pensé fort, fort, à tous mes frères et mes sœur, jeunes et vieux, sur les chemins de la belle de Navarre... et d'ailleurs ...
 
 
 
 

 

mardi 23 septembre 2025

Chemin Compostelle-Des mots retrouvés (4)

 

Des mots qui m’ont accompagnée
Je ne sais qui les a prononcés la première fois
Au rythme de la marche lente
De celui qui sait que chaque pas
Est le premier et le dernier
Le cœur en paix

 

"Va pèlerin, poursuis ta quête

Va sur le chemin, que rien ne t’arrête

Le cœur en éveil, oublie l’éphémère

N’attache pas ton cœur à ce qui se passe

Ne dis pas j’ai réussi, je suis payé de ma peine

Ne te repose pas en tes œuvres

Elles vont te juger

Garde la parole en ton cœur

C’est là ton trésor"

"Le chemin sera notre chanson

Nos pas, nos mots

La fatigue, notre prière"

 Auteur inconnu

 

 


 

 

lundi 22 septembre 2025

Chemin Compostelle-Des mots retrouvés (3)


Marcher ...
 
Elle avait quitté les vastes plaines
Où l’homme avait construit les cités
Depuis des jours, elle gravissait la montagne
Routes, chemins, en lacets
Des jours, des mois, des années, des vies
A suivre ce tracé, larges virages
A droite, à gauche,
Dans la fatigue du nez collé aux pas
Dans la découverte de si beaux paysages
Tous les temps se succédant, froid, chaleur
La soif, et puis mouillée jusqu’aux os
Et puis surgissant de nulle part
L’arrêt commandé par le corps
Et autre chose, invisible présence.
 
Points de vue embrassant toute la vallée
Grottes profondes et fraîches
Ruines tapies, sous-bois herbeux
Retrouver dans l’instant
Le goût de l’éternité
Et chaque soir, ce repos accordé
Moments de joies paisibles offerts.

 



 

dimanche 21 septembre 2025

Chemin Compostelle-Des mots retrouvés (2)

 

Lorsque les choses importantes approchent
Cela se sait, l’esprit se tait
Le corps en attention
Non pas tendu
Si vivant.
 
Elle avait atteint un plateau
Où la marche était aisée
Quand cela surgit au loin
Un sommet culminait
Les yeux devinaient une sente
Sur le dos de la bête
Toute droite, comme une échelle
De la terre au ciel.
 
Elle stoppa net
Elle savait que le chemin passait là.


 


 

samedi 20 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Des mots retrouvés


Le petit chat d’un jour

Un jour, sur le chemin de Compostelle, un passage difficile entre France et Espagne, la fatigue d’un voyage à pieds déjà si long, et puis ne pas parler espagnol, et puis la pluie, et puis… l’envie poignante de rentrer à la maison.

La veille il y avait eu Janine, accueillante au gîte de St Jean Pied de Port, c’est fou quand cet espace s’ouvre entre deux personnes ! Je ne montrais ni ma peine, ni ma souffrance, et mes larmes ne coulaient que dans la solitude du chemin, mais j’ai si bien senti tout son corps, recevoir, caresser, consoler, dans le silence, comme si de rien n’était. Ouahhh, ça c’est très fort ! Elle m’avait aussi donner quelques conseils : avec ce temps ne pas aller seule par la montagne, préférer alors la route pour se rendre à Roncesvalles.

J’avais pris rendez-vous avec un petit groupe de filles, mais le matin à l’aube, j’ai attendu en vain, alors j’ai pris la route…

Me suis arrêtée, la frontière passée, sur un parking. Que cet endroit était sale et inhospitalier ! Flaques boueuses tachées d’hydrocarbures, poutres métalliques, rouilles, tout le désastre de la civilisation me pénétrait. Mais il y avait nécessité, un peu se reposer, poser le sac, manger…
J’étais là, assise du bout des fesses, lorsqu’est arrivé un petit chat… doux jésus, il était si maigre, borgne, dépoilé. Ouahhh la vague ! Incommensurable vague, la misère, la souffrance, la peur, je ne pouvais plus y résister, elle m’a emportée comme elle emportait tout en cet endroit, croisement de lignes invisibles… 

Puis, j’ai donné à manger à ce pauvre minou, l’ai caressé, lui ai parlé : « Je ne peux pas t’emmener, il faut que j’y aille ». Alors, sans plus me retourner, j’y suis allé. 

 



 

vendredi 19 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 21 Juillet 1999

Quelque chose a quitté, là, sans faire de bruit, dans la nuit. Tout est bien, je suis en paix, c’est accompli.
Dans ce petit matin à Padron, sous le toit de cette antique maison, le voyage est fini.

Le soleil est là. J’ai payé pour deux nuits.
Le vent s’est levé, et la petite chapelle se remplit peu à peu. Le cris des mouettes rieuses, me ramènera toujours sur tes pas.


Tous, ils sont arrivés, un beau matin
Ou plus tard dans la journée
Ils sont arrivés sur cette place
Le nez en l’air.

Ceux qui allaient vite
Ceux qui ne se pressaient pas
Ils sont là, devant la cathédrale
L’air perdu, graves ou joyeux

Toute cette longue peine qui n’en finissait pas
Toute cette tension vers ce but
Et les voilà, coquilles échouées sur la grève
La mer, les a vomis, ils ne sont plus d’elle

La grappe s’est égrainée et un par un
Ils repartent
Ceux d’ici dans la moiteur du soir
Les autres, dans la fraîcheur du petit matin.

 

 


 

jeudi 18 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 20 Juillet 1999

Nuit dans le centre ville de Noia, dans une chambre louée. Quelle nuit affreuse dans ce cagibi. La prochaine fois je ne me contenterai pas de : «Hay habitacions ?»

Je voulais, belle Noia, t’écrire un poème
Mais la pluie a pris l’espace qui t’était réservée.
Un léger souffle apporte quelques gouttes
Et ce n’est pas une plaisanterie.

Garde la parole en ton cœur, me dit la pluie
Soit, Adieu douce et tendre Noia.

 

J’ai bien transpiré du dedans, du dehors
Je me suis restaurée de pain, fromage et pomme
Et me voici à nouveau décidée.

Arrêt pour manger, arrêt pour souffler, au kilomètre 16 ou 15, dans un café. La jeune fille est peu loquace, l’endroit est désert mais on attend du monde.
Mes pieds crient grâce, et de leur dire : c’est bientôt la pose, encore un peu de courage.
Elle est belle, un peu fade peut être… la jeune fille.

Je suis comme le temps, un peu bouchée, fermée, autant aller suer, je reprends la marche, au bout Padron.
 
 



mercredi 17 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 19 Juillet 1999

 

Il m’a ému jusqu’aux larmes m’offrant le café que je lui avais commandé.
Le ciel est gris, les canons ne tonnent plus.

Prolonger l’intention du geste qui est le verbe, et la suivre du regard, l’accompagner jusqu’à l’accomplissement.
Il y a tant besoin, en cette époque, d’espaces, de possibles. Le pèlerin est cet espace pour celui qu’il rencontre.
La petite sirène peu à peu, après des générations, des karpas de souffrance muette, retrouve la voix, voix de faussé encore, il lui faudra muer.
Perdre sa voix, pour une métamorphose, c’est perdre la possibilité de se dire, c’est perdre un peu d’ego.

Prochain arrêt Noia, c’est ici d’une grande beauté, quelque chose du paradis, je suis à la plaia.
Ce n’est pas un arrachement de quitter cet endroit, la chose est consommée. Je rends grâce d’avoir pu voir cela.

 

 


 

 

mardi 16 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 18 Juillet 1999

 

Dimanche
Des éclairs et le canon a tonné toute la nuit. Dans ces contrées on envoie des boulets au ciel pour changer les conditions atmosphériques, faire venir la pluie.

Tonneraient-ils autant du canon
S’ils savaient qu’un vol de papillon
A Paris provoque une tempête à Tokyo ?
Toute la journée, toute la nuit
Résonnent les salves dans l’indifférence
La plus totale.

Le soleil se lève, il caresse délicatement l’intimité de la terre. Il y a là grande jouissance, l’eau ruisselle de partout, c’est une cascade.
Mettre la graine dans la bonne terre.
Je vais à Padron, avant de retourner à Santiago.

Cette ivresse de découvrir un pays à pieds
Déjà ce fut des vagues rapprochées de bosses et de creux
Les sommets chapotés de gros rochers
Puis un autre col et c’est une vallée
Elle bruisse de mille bruits, vibre sous la chaleur
Elle est à la fois si lointaine et si proche
Je pourrais prendre mille photos
Qu’aucune ne serait messager
De ce moment là.

Au km 20, j’ai été applaudie. Les cyclistes ont une grande admiration pour le piéton voyageur. Comme les vieux et les paysans qui marchent encore, ils s’émerveillent...

C’est l’heure de marcher un peu. Quand il pleut c’est l’heure de s’arrêter. Que je suis bien ici.
Maintenant, il va être temps de trouver un coin pour la sieste à l’ombre.

La nature c’est de la souffrance, du chaud, du froid, du sec, de l’humidité. L’équilibre se fait par l’échange des forces qui alors ne s’opposent plus…
A travailler contre elles et non avec elles, nous avons tout perdu.

Que fais-tu là, petit singe ? Lâche cette branche, cesse de t’agripper ainsi, viens je t’emmène au bord de la mer.

Ici, comme en France, on me donne à boire. Je n’ai manqué de rien, Panadéria, Bar, Restaurant. J’ai lavé mon linge à la rivière, j’aurai bien du mettre de cette eau dans une bouteille pour mes ablutions.
L’âme du chemin est toujours là. Je venais de demander de l’eau à une petite grand-mère et je pensais qu’il serait bien aussi que je lui demande l’heure, et voilà l’horloge de l’église qui sonne, il est la siété.

Ah, la danse des parfums dans la descente. Chaque virage dorant sa bosse au soleil exalte les fortes senteurs : eucalyptus, pins, châtaigner et tant d’autres… Dans l’ombre, les saveurs se font moites, tendres, subtiles. Et tu allais oublier le parfum du jasmin et des rosiers et encore les seringuas.

Voilà, la journée se termine. J’ai bien marché, plus que ce que j’avais prévu. Demain Noïa.
Ce soir, je suis dans un creux, hier j’étais au sommet
Qué hora ? J’en sais rien et suis trop loin pour entendre l’horloge.





lundi 15 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 17 Juillet 1999

 

Ce qui s’annonçait hier est là ce matin, le temps est gris.
Le camping, à quelques kilomètres du cap Finisterre, est au bord de la mer. J'y ai planté ma tente hier, j'ai été à la plage, me suis brûlée les pieds sur le sable chaud. C'est un grand camping, maintenant ils sont nombreux à remballer.
 
Je suis là, les regardant, les bras ballants, tout est moche dans ce camping et pourtant que la terre est belle ! Je ne peux pas croire que cela soit le résultat de circonstances hasardeuses. Je vois là, une force mystérieuse, une main ouverte, dans un total lâcher prise, que là où il y a beauté, la cristallisation de la matière est délicate, transparente et claire comme ce ciel qui s’ouvre sur l’espace. Harmonie !
Et là, d’une manière tout à fait inattendue, dans ce petit trou de nature, alors que le soleil se manifeste derrière l’épaisseur des nuages, quelque chose de palpable.
Il revient au moment où je me perds en des "partons", en des "restons". Déjà, empêtrée dans les conséquences d’hier : le beurre, la confiture, le vin. Tout cela intransportable !

En es-tu certaine ?
Le vin dans la gourde
Le beurre dans la gamelle
La confiture aussi
Et me voilà, repartie.

J’ai retrouvé dès que je me suis dirigée vers le Grand-Est le ciel vacuité.

Nuit en camping sauvage, entre Corcubion et Noïa.

 

 


dimanche 14 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 16 Juillet 1999

Elles sont nombreuses à gravir la côte vers le phare. Qu’allaient-elles y faire ?
Me voici redescendue à Fisterra. J’attends que les magasins ouvrent pour quelques emplettes puis je partirais pour le camping.

Laisser le temps au temps. Ce matin, la brume cache l’horizon, pas d’espace.





samedi 13 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 15 Juillet 1999

J’ai vraiment dormi seule dans l’albergue, tous les dortoirs sont vides. Au milieu de la nuit quelqu’un est entré dans celui où l’on m’avait remisée, cette personne cherchait quelque chose dans le noir, elle a fini par partir. Je suis restée un moment aux aguets puis j’ai replongé dans un sommeil profond, jusque tard ce matin. Un café, et me voici partie pour le cap.
La force des choses m’a conduite dans la petite église romane, authentique.

Le soleil n’en finit pas de descendre, le temps s’éternise en ce mouvement si lent.
Entre ciel et mer, une ligne très perceptible, d’une intensité lumineuse blanche.
J’ai dormi sur ce grand nez qui s’avance dans l’océan sans vague, sans odeur.
Lune et vénus couchées, le vent a commencé à faire son œuvre, se déchaînant sur mon pauvre couchage, à la pointe du bout du bout.

  

 


 

vendredi 12 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 14 Juillet 1999

 

Ai fait mes adieux à Stéphan, dis au revoir à Anthony, on doit s’écrire. J’ai pris ce bus pour me rapprocher du cap, direction le bout du bout. Je reviendrai le 23 poser ma tête sur ta tête de granit, fils du tonnerre.

J’ai du descendre  à Corcubin, mal au cœur, plus l’habitude, je me sens si mal enfermée dans cet engin. J'ai donc fini le chemin à pieds pour rejoindre Finesteria. Je me présente à l'auberge réservée aux pèlerins, la femme qui est à l'accueil, n'est pas aimable, je ne comprends pas pourquoi, elle me questionne, me parle fort, elle me répète d'un air soupçonneux "à pie ? À pie ?" Je dis que oui, oui, je suis venue à pieds !
Je comprends un peu plus tard, installée à une terrasse surplombant la place et l'entrée de l'auberge, je la vois renvoyer les pèlerins descendus du car. Pour finir, je suis seule dans cette grande auberge de Finesteria. La folie humaine est grande !

Je fais les comptes, ça va être long de rester en Espagne jusqu’au 24, nous verrons bien...
Je tente de me mettre face à cette force qui m'a poussée à sortir de chez moi, partir sur le chemin. Ce n'est pas confortable, pas encore... me murmure la voix.
J'ai vu la joie de Stéphan, il s'est nourri d'un sentiment de réussite, et puis le retour à la maison cette idée le réjouissait, retrouver le confort, la sécurité, la famille, le travail, etc.
 

Je n'ai eu de cesse de répéter : "Ne dis pas j’ai réussi, je suis payé de ma peine" 
Et là c'est comme un sentiment d'échec...
Échec et victoire, n’est ce pas la même chose ?
Les deux faces d’une même médaille
La force n’est t-elle pas là, au cœur même du désespoir ?
N’y a-t-il plus aucun espoir?

As-tu du plaisir, de l’ivresse à faire cela ?
Si tu dois répondre non, retourne chez toi
Dans cette existence-là, tu ne seras jamais libre
Quitte cette berge où il est question
De subir les "Je ne peux pas, on ne peut pas faire autrement."

Peux-tu aller ce chemin, le chemin qui n'est pas ?
Peux-tu aller sereinement et librement ?
Peux-tu aller avec courage et la tête droite ?
Alors va, c’est là ton chemin qui a du cœur.

 

 


 


jeudi 11 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 13 Juillet 1999

 

Et déjà tu oubliais que tout vient de l’intérieur : la force, la sagesse, la joie, la paix...  Rire ! La confusion aussi !

Alors j’ai réglé tout ce qu’il y avait à régler, pour ça j’ai beaucoup marché.
Sur le livre d'or, un mot de Stéphanie et Jean Lou, ils sont arrivés ici, avec Esthel le 10. Je retrouve Anthony et Stéphen, un jeune allemand souvent croisé sur le chemin.

Le soleil va passer de l’autre côté, il se couche derrière la cathédrale. Moment partagé avec Anthony. Puis la lune, épanouie dans plénitude.

" Elle se la pète". La voix est venue du souvenir, cette adolescente au foyer, agressive, violente si souvent, perverse aussi, mais qui avait toujours raison dans ses remarques, elle avait le pouvoir de voir juste et de le dire. Que vient-elle faire ici ?

Longtemps nous discutons, Vénus se couche à son tour, la ville s'allume et plonge en ses lumières …

 



 

 

mercredi 10 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 12 Juillet 1999

 

Là, sous peu, je vais gravir le Mont Joie, et de là haut, avec tant d’autres et pourtant seule, je vais m’élancer vers toi.

Tutut !!!! Il n’y avait plus rien à gravir, le sommet est là à porter de mains et de voix.
Arrêt au monument, laid, en vérité. Et puis, comme toutes les entrées en ville, c’est désastreux.
Je redescendais la colline que je rencontre mon ami Français, le visage complètement épanoui, et moi, je suis molle, molle, molle. Je retarde le moment avec une cervezas.

Que dire de cette journée ? Je n’ai pas pris de note, des souvenirs, quelque chose qui ne peut pas aboutir ou bien qui est déjà fini.
Souvenir d’avoir marcher dans la ville où les traces avaient disparu et où je me suis perdue.

Il y a quelques jours, je ne savais pas que je vivais un moment béni, j’en ai joui et c’est bien ainsi.
Souvenir de ne plus pouvoir parler, et tourner en rond, certainement autour de la cathédrale, sans rien ne demander à personne. Pourtant, ils sont nombreux en la ville.
Puis, être arrivée sur la place, celle de la porte, qui ne s’ouvre que pour les jubilés, là, il y a foule…
Alors sous un soleil ardent, le sac sur le dos, j’attends mon tour. Des personnes se disputent pour une histoire de place, la police doit intervenir.
Enfin, entrer dans la cathédrale, et passer devant les reliques dans l’agacement des rites de ceux qui précédent. Ils ont attendu, alors ils entendent en profiter, et l’hypocrisie, plutôt que la ferveur, et ma fatigue.
Chercher le lieu qui accueille, complet malgré sa grandeur, dormir au sol, et là, ne pas supporter cet accueil froid, de ne pouvoir s’allonger dans un lit.
Où est la Joie, où est l’immensité de ce bonheur ?


Nous avons tant marché pour arriver là
Tant de pas et de fatigue
Tant de beautés et d’amitié
Que cet instant fugace n’est que fragilité.

Et dans les larmes et dans le désarroi
La parole se fait entendre 

C’est chaque jour, chaque soir
A chaque moment que tu dois déposer
La graine dans un cœur pur de toutes attentes. 

Va pèlerin, poursuis ta quête
Va sur le chemin…


Demain? La pointe, aller jusqu’au cap...

  


 

mardi 9 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 11 Juillet 1999

 

Dimanche
Je me suis réveillée avant la pointe du jour, mais la fièvre semble m’avoir quittée ne laissant que la fatigue. Trop de fatigue, je reprends les rênes de ce cheval fourbu, et n’irai pas au-delà de mes limites aujourd’hui, la nouvelle lune c’est Mardi.

Plus difficile de faire 20 km qu’hier 40, un vrai supplice malgré les pauses. Un monde fou sur le chemin, un troupeau de moutons au galop.
A 21 km de Santiago, au bord de la nationale, dans un relent de pisse, je tente de remettre la machinerie en route.
"Laisse-moi marcher dans la beauté."

J’arrive à l’albergue de Santa Irene, plus de place. Je me dis, je me repose un peu puis je repars. 
J’étais en train de manger dans la cuisine, lorsque j’entends un homme parler avec l’hospiterios : " … Frances, la Frances…" Et voilà que l’on me donne un lit ! Le sien, peut-être, celui de cet homme, je ne sais pas, je ne cherche pas à comprendre, je remercie, je m’effondre dans la chose sans même me doucher.

Sommeil profond jusqu’à la siesté. Là, le bruit, mais aussi la faim qui me fait remonter la côte jusqu’au restaurant.
Ah, les sandwichs (Bocadillos) sont secs, pain et… ni beurre, ni tomate, ni mayo, ni cornichons… Enfin, un progrès depuis quelques jours le pain est bon.
Santiago est à 21 km.

 

Foncebaden 
 
 

lundi 8 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 10 Juillet 1999

 

Je suis partie, disons avec le troisième train, dans la nuit et le brouillard. Il pleut sous les grands arbres. Ainsi la terre jouit même là où le soleil s'absente.


Le soleil caresse le haut des monts
Là un chapeau mordoré
Ici une ligne brisée
Plus loin un faisceau brumeux
D’où émergent de mystérieuses crevasses.

Tout cela sous le regard attendri
De dame lune.

Le chemin s’enfonce inexorablement
Dans le ventre de la terre
Ici, il traverse un village
Aux ruelles encaissées
Où l’eau claire court entre les pierres.

Un pont pour franchir la cascade
Sans les flèches jaunes comment
Ne pas se perdre dans ce dédale.

Les chiens profitent de la fraîcheur
Cet après midi ils chercheront l’ombre
Les moutons attendent patiemment
L’heure de l’alpage
Et déjà voici le cimetière.

Là où dorment les anciens
Passe celui qui est tombé hier
Déjà nous remontons
Pour redescendre bientôt
Ainsi le chant de la rivière
Va crescendo.

L’amie fidèle est toujours là, trace fine
Trait épais, point sur le dos de la pierre
Tant de regards l’ont cherchée, espérée
Et finalement avec soulagement trouvée
Elle est celle qui guide, rassure
Relie le pèlerin au camino
Les pèlerins entre eux
Ceux d’aujourd’hui, ceux d’hier.

Cette fois-ci ça y est, l'astre du jour a franchi le sommet
Et le voici qui court dans l’eau
Passe la vallée et vient caresser la joue
Dans la montée, il commence à me réchauffer.

Au versant des coteaux ce sont les ombres
Maintenant qui se jouent du soleil
Et le chemin de même va et vient
Ici c’est une allée ombragée
Où il fera bon plus tard de musarder.

En voilà une qui passe à toute allure
Laissant derrière le mari
Elle se dépêche, dit-elle, d’arriver
Avant les grosses chaleurs
Mais déjà elle transpire dans la fraîcheur
Plutôt que d’en profiter.

Quand le soleil a enfin caressé
Le pubis de la terre
Des odeurs suaves se sont élevées
En volutes bleues…

Il y avait là une belle croix sur un monticule, une vierge à l’enfant
C’est là que Gandhy est apparu.





dimanche 7 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 09 Juillet 1999

 

La nuit a déposé un voile d’humidité sur toute chose y compris sur le duvet.
Lune est toujours en croissant, le grand astre a soulevé la brume matinale en faisceaux orangés. Dans un petit coin de verdure, un théâtre de lumière délicatement mystérieux.

Puis la fatigue m’a prise et enserrée dans les dédales pierreux de la Galicie.
Au pied d’un plus que centenaire, je me suis endormie.
Au réveil, le chien était là, assis, paisible à me regarder. Quelle rencontre ! Fascination de ses beaux yeux dorés, ce regard qui me traverse. Et puis l'instant d'après la peur, c'est un grand chien, que veut-il ? Ne va-t-il pas vouloir me suivre ? Les questions se bousculent, dans ma tête, parce que lui reste tranquille, sans me quitter des yeux.... Quand je me suis levée, il n'a pas bougé, il m'a regardée m'éloigner. Adios le chien, je ne t'oublierai jamais !
 
L’un des jeunes bruyants de la nuit dernière a perdu sa coquille, juste devant moi. Plus moyen de marcher en solitaire, maintenant le troupeau s'étire le long du camino de 5h du mat jusqu'à 15h. Il faut se méfier quand tu baisses culotte qu'il n'y en ait pas un qui te tombe dessus.
Arrêt à midi Portomarin pour le repas et une sieste, j’ai revu "Quétal" et le "petit Gandhi".
Hier soir, une pie a fait un bout de chemin avec moi, là c’est un petit oiseau qui reste tout près.
Les bêtes, elles aussi cherchent la fraîcheur de l’ombre, le long des murs, les moutons...

Je me suis posée à Hospital da Cruz, j’aurai du continuer ! Mais il est trop tard, trop de courbatures aussi, je vais me coucher. Le bruit est intense, mais je m'endors dans le couloir du refuge.

 

 



samedi 6 septembre 2025

Chemin de Compostelle - Le 08 Juillet 1999

 

Sarria, en passant à Sarros, Leilà m’avait parlé du monastère, je lui ai laissé un message sur le livre d'or.
 
L’auberge est au complet, la ville n’offre aucun attrait. Je vais dormir un peu, attendre que la chaleur baisse et repartir.
Dans ce bar, le sol est jonché de mégots, de papiers… Allez va à la sieste !

Difficilement, j’atteins Barbadelo, aujourd’hui plus de 40 km. Pas de place dans le refuge, pas même au sol. Toutes les albergues sont complètes dès midi.
Pour la première fois je dors à la belle étoile. Nuit bruyante, les jeunes ne s’endorment que bien après minuit, nuit froide et humide au petit matin.