Le camping se trouve au bord de l’Adour, en bas d’une longue et raide côte qui mène à St Severs.
Des
familles vivent ici en caravanes, des ouvriers des travaux publics,
mais aussi un couple de retraités. Ils m’invitent à prendre un verre.
Lui
a beaucoup voyagé, elle l’a parfois accompagné. Elle est en plein d'occupations pendant que lui reste assis et raconte. Elle est silencieuse. Et
ce n’est pas qu’elle rayonne du bonheur de le servir, elle est devenue
son ombre, absente à sa propre souffrance.
Je m’en suis retournée dans ma tente. Aujourd’hui pas de marche, j’ai décidé de mettre au vert mes extrémités. Depuis quelques jours les chevilles sont douloureuses, les mises en route difficiles, après quand c’est chaud, ça va mieux. Ainsi les temps de repos nécessaires à refroidir les voûtes plantaires occasionnent de pénibles redémarrages. C’est dire combien l’inactivité de ce jour entraîne de grincements de dents à chaque déplacement.
Tapie dans l’ombre de la tente, elle laisse aller le temps.
D’abord maussade à cause de la douleur, et l’idée de cette complication, et encore de cette côte qu’il va falloir grimper.
Et
puis le défilé des questionnements sans réponse, cette histoire du
péché originel, de la culpabilité inculquée, et puis… se sentir happée
du dedans.
Comme
si toutes les forces convergeaient en un point, en-dessous, venu des
profondeurs de la terre. S’appesantir, s’enfoncer dans un état qui n’est
ni sommeil, ni éveil. Au début, elle lutte, ne veut pas, elle tente
d’ouvrir les yeux mais ne le peut pas. Ça devient un jeu, le jeu de
résister un peu, pour se laisser rattraper, sentir la puissance qui se
manifeste là.
Un
instant, feuille au vent, le savoir, et puis le trou noir. Revenir
encore, sourire aux anges, plus de douleur, plus de pensées…

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