mercredi 2 juillet 2025

Chemin de Compostelle - Le 07 Mai 1999

 

Un orage dans la nuit, le linge que j’avais lavé hier soir et mis à sécher dehors est trempé. Rester une journée de plus ? C’est décidé, mais pour autant mes nippes pourront-elles sécher avec la grisaille qui persiste ?
En attendant, je découvre le lieu. Pour voisin, un drôle de personnage qui habite dans une caravane délabrée avec un chat et tout un bazar.
Ce matin, dés l’aube, il a entrepris je ne sais quelle tâche avec entrain, entrant, sortant de son logis, en claquant la porte. Il va et vient avec bassines, bouteilles et casseroles en chantant à tue tête des airs qui s’envolent haut, haut, on dirait une tyrolienne.
Il a un fort penchant pour le bavardage, il est là debout, sans fatiguer, que l’autre soit assis ou qu’il vaque à ses occupations, rien ne semble le décider à lâcher ses "proies". De loin, c’est amusant. Cela le serait beaucoup moins s’il lui prenait l’idée de venir me tenir compagnie. Mais il m’ignore et je reste spectatrice.
La gérante du camping me dit que les gens se plaignent et qu’elle ne gardera pas ce client si particulier. Ah, tout ce qui est différent est rejeté, nous voici ainsi fait, ne surtout pas être dérangés. Une petite voix me chuchote : « Et toi, et toi… »
 
Je décide de retourner en ville pour sécher mon linge bien rincé dans un lavomatique.
Rue St Jacques, ce n’est pas une blague, j’en trouve un. Deux petites vieilles sont assises bien sagement devant les machines, et un haut parleur déverse un chapelet, non pas d’horreurs, mais de prières !
Le mystère étant ce qu’il est, je n’ai demandé d’explication, ni aux grand- mères, ni à la patronne du lieu, pas même à dieu. J’ai séché mon linge et m’en suis retournée au camping, bien décidée à tailler une bavette avec la Tyrolienne.
 
Là, où il y avait un navire mis en cale, il n’y a plus qu’un rectangle jaune. Ils l’ont viré le joyeux, le bavard. Le spectacle est fini, tout est rentré dans l’ordre, monotone.
Qu’importe, demain je reprends le chemin, je ne saurai plus rien de ce qui s’est trouvé rétabli ici. Sur la route, c’est le nouveau qui se présente à chaque instant, plus profond que la fatigue, "ça" marche d’un pas paisible.

 La nuit approche doucement …
- Le chemin, n’est il pas ton maître ?
- Il guide, montre du doigt… oui, tu es tout cela. Dis-moi, pourquoi, bats-tu mes pieds ? Pourquoi cette chaleur qui n’en finit pas de quitter par tous les pores de la peau quand le corps cherche repos ?
- Laisse-toi porter par le chemin.
- Pour le moment c’est moi qui porte et c’est dur !
- Écoute : Laisse toi porter …

Le cœur se remplit de joie, tout est là à sa juste place.

 


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci de vos commentaires