vendredi 4 juillet 2025

Chemin de Compostelle - Le 09 Mai 1999

 

La nuit a été très froide et ce matin tout est mouillé de rosée. J’ai utilisé la terrasse du restaurant pour y sécher un peu la toile.

Chaleur et sac trop lourd, je peine.
A Cluis, j’ai fait beaucoup d’achats, la peur de manquer, demain nous sommes lundi. Sur le chemin, les conséquences n’attendent pas, aussi rapide que le boomerang !
Je m’arrête pour casser une petite croûte, ce sera toujours ça en moins à porter. Et puis je m’en vais avec mon gros sac, sous un soleil éclatant, échauffer mes pieds en direction du camping de St Plantaire.
Et de me dire qu’on ne m’y reprendra plus à cet excès de zèle au service de la peur, et de me dire que je n’ai rien compris, rien appris, alors qu’il y a une semaine j’ai reçu un repas auprès de deux amis, et que ce sac était si léger, et de me dire que la confiance ça s’apprend pas, elle est là, où elle n'est pas, et même qu’avoir confiance c’est tout dans le lâcher prise, qu’en réalité le bon et le mauvais me tombent dessus, juste ne pas résister.
A Orsennes, l’église était ouverte, si fraîche. L’abondance de possibilités pour s’asseoir m’a donné des regrets de devoir continuer la route.
- Pauvre enfant, pauvre cervelle égarée ! Des regrets pour ces bancs !
- Parfaitement ! Comment je fais, moi, avec ce sac que je dois poser pour pouvoir le remettre, et comment je fais, quand il n’y a que le sol si bas ? Je suis fatiguée.
- Si tu es fatiguée, arrête-toi !
- Fais pas chier ! J’en ai marre de tes leçons ! La fatigue, c’est plus fort que ça, la fatigue c’est justement ne plus savoir quoi faire. C’est comme la misère, ça rend incapable d’aimer. Ça tu ne peux le comprendre que si tu vas dans le pétrin, jusqu’au bout de tes forces, là où il n’y a plus que toi en face de toi. Alors, laisse-moi, faire ce qui se doit.
Et la voilà repartie, avec son gros sac sur le dos et ses pieds…

Arrivée à St Plantaire, je fais une pose dans un abri bus, pour le siège et l’ombre. Quelque chose me dit qu’il n’y a pas de camping, en cette ville.
A un carrefour, un café-restaurant-hôtel, je demande pour le camping. Encore 5 km. Impossible, je ne peux plus. C’est combien pour la nuit ?
C’est pas cher, c’est sympa, à coté de l’église de St Plantaire, là où j’ai commandé mon miracle, j’ouvre l’enveloppe "Mamy-Papy".
 
L’église est fermée. Je prends un apéro à la terrasse où discutent des habitués. Je les questionne sur ce saint Plantaire. On me dit qu’il s’agit, en fait, de Pantaléon. On me répond par politesse, le sujet n’intéresse pas, je laisse tomber. Les conversations repartent bon train…
Je suis bien, bercée par les mots, les voix, des vibrations. Il n’y a que les pieds pour me sortir de cette douce léthargie. « St Plantaire, Pantaléon, peux tu quelque chose pour ces pauvres moignons ? ».
Les pensées passent, il est l’heure d’aller se glisser dans un lit douillet.

 




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