lundi 7 juillet 2025

Chemin de Compostelle - Le 12 Mai 1999

 

J'ai demandé un renseignement au monsieur qui était à sa fenêtre. On m’a fait entrer et on m'a offert un café. J’étais attablée lorsque le facteur est passé. Coup d’œil rapide sur le contenu du courrier, monsieur me regarde, un large sourire aux lèvres : « Il n’y a rien pour vous ! ». Éclats de rire, un peu réprobateur de sa femme…

Baisse de régime, il faut dire que j’ai déjà fait une vingtaine de kilomètres, ce qui frôle mon maximum. Je suis à Grand Bourg, me suis arrêtée dans un abri bus, le temps que l’épicerie ouvre ses portes. Un coup d’œil curieux sur les horaires de bus…, je décide de prendre le car pour me rendre à Bénévent. Là bas, je verrai pour un hébergement à l’abbaye. Si non, il y a un camping à Marsac. Il va être temps de prendre une journée de repos, et de laver du linge.
J’attends le bus, j’ai acheté du chocolat et autres remonte-moral, tout va.
Assise dans l’abri bus, assise à l’ombre de la place, assise dans l’église, j’attends. Un "St Michel", en statut, terrasse le diable dans toute son horreur. Victorieux, il a bouté cet ange déchu, ce rebelle, hors du paradis céleste.
Archange, qu’as-tu fait là ? Satan avait il introduit la dualité dans le non créé ? Cela ne se peut ! Qu’as-tu rejeté ainsi ? Une part de toi-même ?
J’étais venue, dans un moment de désespoir, j’étais venue chercher un hymne à la vie, et toi, le plus criminel de tous, tu as piétiné ce qui me restait de joie…
Comme si, cela redevenait vivant en moi. Vivant, doux, et chaud, vulnérable et plein d’une force étrange. Les larmes ont tellement coulé que ce cœur se libère de sa gangue de sel.

La montée est raide jusqu’à Bénévent.
Le car, j’ai compris, plus tard, qu’il ne passerait pas, parce que nous sommes mercredi et que les horaires consultés sont ceux des transports scolaires. J’ai remis le sac sur le dos.
A la sortie de la ville, j’ai cru avoir perdu ma carte. Quelle contrariété !
Les cartes IGN sont difficiles à trouver, elles coûtent chers, sont indispensables à avancer, et pour finir elles sont plus que ça. Je la consulte à tout propos, pour évaluer la distance parcourue, celle qui reste à parcourir, pour y trouver des repères, des choses à voir … Elle fait partie des quelques objets qui font mon quotidien et sans lesquels je me sens perdue. Et puis, il y a la contrariété d’avoir perdu quelque chose, je n’aime pas ça ! Enfin, ça fait un drame ! Et je suis prête à rebrousser chemin, pour la retrouver.
 
Elle est là, où je n’avais pas eu l’idée de la chercher, là, où jamais je ne la mets. Sa place est sous la banane, contre mon ventre. Elle en est toute fripée mais à portée de main. Heureuse, la fille, et soulagée de n’avoir pas pris la décision de redescendre cette côte si dure à monter.
Voilà, qu’un car passe sur la route, je regarde incrédule, ce bus qui vient de Grand Bourg et se dirige vers Bénévent.
Arrivée à mon but, passés les grands virages, où la vue est si belle, une voiture s’arrête.
Docteur C. et sa femme s’en allaient raccompagner leur petite fille, ils m’ont donné toutes les indications pour que je puisse accéder au gîte, en leur absence.
 
Comme si on m’attendait !
On ne m’attendait pas, on attend le pèlerin. C’est si bon cet anonymat, juste être ce que l’on fait.

 



 

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