mercredi 9 juillet 2025

Chemin de Compostelle - Le 14 Mai 1999

 

Mille flammes ondoient la prairie, transparence, brillance, en la goutte de rosée qui coiffe ce brin d’herbe.
Le chant des oiseaux fait la voûte céleste. Qu’il fait bon sous cette cloche… Il y en a un, là bas, qui parle d’un autre ventre chaud. Il est des profondeurs du bois, invitation à s’enfoncer encore.
Écoute... ne crains rien, tout ce qui se fait est juste. Sois ton propre témoin, sans juger de rien.
Alors que s’est-il passé en ce jour, Pélégrina ?
 
Tu as suivi l’itinéraire de doc, comme il te l’a conseillé tu as évité St Goussaud.
« Il a plu ces derniers jours, et ce coin pentu et isolé, est dangereux pour celui qui marche seul. » Oui, l’idée de la pente raide t’a décidée, le danger lui est ton ami, ta vigilance, il te fait funambule.
Dans ta poche, tu as une liste d’endroits où le pèlerin peut être accueilli. Et te voici, déjà, à Chatelus Le Marchaix, trop tôt pour s’arrêter.
Dans le café du village, un homme, un peu chancelant le bougre, clame son admiration pâteuse : « Une femme seule, avec un si gros sac sur le dos ! »
Tu iras, une fois encore, perdre tes pas, vers une église fermée. Il y a bien un commerce dans le village comme il est indiqué sur le document "Bénévent", mais il est fermé. En fait, il aurait suffi d’attendre un peu, il ouvrait à 15h30.
 
A St Pierre Cherignat, un plateau, tendu entre ciel et ciel. Une femme parle avec une jeune fille qui me sourit. Je sais comme il serait bon de planter la tente ici, regarder le soleil descendre doucement, mais je hâte le pas. Un signe de la main à ces deux femmes, si belles
Un peu plus loin, le voilà, celui, qu’il me fallait rencontrer, mal aimable, mal rasé. Il me refuse l’accès à un verger, en face de sa maison, il me dit qu’à St Martin-St Catherine, il y a une plage au bord de l’eau, où je serais bien, bien mieux qu’ici.
La traversée de ce repère de saints est des plus lugubres, maisons en ruine, habitants désagréables, gueulards en folie aux crocs menaçants, je passe sans même demander de l’eau.
La rivière est dans la vallée, à un bon kilomètre après les dernières maisons. La rivière, oui, mais pas de plage ! Trop fatiguée pour poursuivre, surtout qu’il s’agit de remonter de l’autre coté.
Dans un bois en contre bas de la route près du cours d’eau, le terrain est en pente, le sol de bosses, je me console : j’ai de l’eau pour me laver et faire la soupe. Puis je prépare la gourde pour demain, faisant bouillir cette eau de rivière, y plongeant un comprimé de chlore, deux précautions valent mieux qu’une !
Dans la nuit, des voitures se sont arrêtées, ont fait des dérapages, longtemps elles ont tourné. Quelqu’un me cherchait-il sur une plage que je n’ai pas trouvée ? Je me rendors, de ce sommeil si particulier, profond, et attentif, dans la main la bombe lacrymogène. 

 


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