Les kilomètres,
défilant sous ses pieds meurtris, ne traversant aucun village où se
ravitailler, elle s’inquiète. Elle n’a rien mangé, si ce n’est la soupe
du soir, restent dix kilomètres pour atteindre Chatenet en Dognon. Qui
sait, si elle y trouvera des commerces ouverts…
Le
paysage charmant, la petite route qui monte et descend dans un joli
cadre de verdure, elle n’en voit plus rien, toute à la peur de manquer.
Marcher certes, mais pas le ventre vide ! Le bébé brailleur s’est
réveillé, il réclame, son lait, son sein, il ne veut pas de cette
incarnation qui fait le manque, il ne veut pas de cette naissance par
l’inconnu.
Chatenet
a été accueillante : boulangerie, mais aussi supérette, boucherie,
église ouverte. Restaurée, elle se dit que ce n’était pas raisonnable,
qu’il n’y avait pas péril en la demeure. Et puis, elle lâche le ronron
des explications en justifications et sa cohorte de questions creuses,
elle reprend le chemin d’un pas alerte.
L’après
midi touche à sa fin. Où dormir ? Tout est privé, privé de liberté, en
cette contrée. Pas un endroit qui ne soit clôturé de barbelés, et ce
depuis Manicourt pays d’élevage. Il reste bien quelques bois mais ils
sont accrochés à des pentes raides, il y a bien des rivières mais les
berges ne sont pas praticables. La nature est encagée, un vrai camp de
concentration avec des pics hérissés. La main de l’homme partout,
écrasant la sauvagerie en une domestication servile. Et pour finir,
c’est lui qui se retrouve en cage...
Je
décide de rejoindre St Léonard de Noblat. Arrivée en ville je me
renseigne pour un camping. La jeune fille, qui me reçoit au syndicat
d’initiative, me donne les indications pour rejoindre le camping, elle
me dit de m’y installer, même si celui-ci est fermé. Je lui laisse mon
sac, et pars découvrir la cité.
St Léonard libère les prisonniers, tous les prisonniers. Marcher sans le sac est vraiment une libération !
Le camping au bord de la Vienne est bien fermé, sans aucune hésitation j’entre et choisi un emplacement.
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