A
la pointe du jour, l’orage s’est éloigné, la pluie a cessé. Comme un
diable, j’ai bondi hors de la tente. Au bout du ressort, ma tête a
dodeliné devant ce spectacle incroyable : autour de la tente une mare
d’un pied de profondeur, sans m'en rendre compte je l’ai montée hier sur un léger
promontoire, elle est au sec, les fuites venaient du toit, par le
contact des deux toiles détendues, par le vent.
Pour
une somme symbolique, Marie, la propriétaire, met à ma disposition un
bungalow. Puis nous étendons les toiles sous un hangar. Elle parle peu,
juste l’indispensable. Je sens le doux, le caressant, qui se partage
dans ce silence. C’est si profond...
Les
vacanciers, que je croise durant le déménagement, me proposent aide et
réconfort. J’accepte l’invitation de mon plus proche voisin.
Nous
sommes dans sa caravane, il en fait trop, à la fois désinvolte, sûr de
lui et pourtant empressé, maladroit. Il parle beaucoup, je me tais. Il
réside dans le camping en célibataire, sa voiture est en panne, il est
cinéaste. Il veut me montrer un de ces films, mais il ne parvient pas à
faire le branchement, persiste, et dans ce lieu exigu c’est très
compliqué, cela dure, jusqu’au moment où, il renonce.
Il
sort deux tranches de viande, elles sentent très mauvais, mais comme il
n’y a rien d’autre, il les fait griller, longtemps. Après tout, la
viande faisandée, ça se mange !
« Elle
est bonne cette viande ». Il est content, de ma remarque, il avait peur
que… Et puis, le voilà qui s’étrangle. Il tousse, crache, il ne
parvient pas à s’en remettre et pour finir, il va voir Marie pour
qu’elle l’accompagne à la pharmacie.
Je m’en retourne à ce qui me fait vivre en ce moment. Demain, je reprends la route, quelque soit le temps.
Dans
cet abri providentiel, alors que la pluie martèle à nouveau, le corps
se détend encore, puis la joie paisible qui ouvre toutes les portes de
dedans. Elle s’endort.
Au
plus profond de l’obscurité, la lumière jaillit, invisible,
silencieuse. Le jour commence, ce n’est encore qu’une intention, puis le
voilà qui se déploie, et qu’arrive le moment le plus froid, le plus
humide.
Le
corps se blottit sous la couverture, cherchant à faire durer, encore un
peu, la chaleur de cet abandon des choses de ce monde.
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