Le réveil est difficile, je traîne. Marie est venue me proposer de partir avec sa fille qui se rend à Périgueux pour un stage : « Merci, Marie, j’irai à pieds. »
La pluie a cessé mais impossible de s’arrêter, tout est trempé, et il fait froid. Ne pouvant faire de pose, je me fatigue vite. Avancer sur la national n’arrange pas les choses, je ne vois que bitume et véhicules. Où fallait-il aller pour trouver ces chemins de terre et de pierres serpentant à travers monts et vallées ?
Il est 15 heures, aux portes de Thiers. Poursuivre ? Ce serait s’engager pour du camping sauvage et là, je ne le sens pas.
Arrêt
au café de la gare, je me renseigne, le camping n’ouvre pas avant Juin.
C’est aussi bien ! Une nuit à l’hôtel ? Ça ne serait pas raisonnable.
C’est alors qu’une petite lumière clignote, la liste remise par le
docteur de Bénévent !
J’ai
téléphoné, c’est ok, ce soir vers 19h30 l’association "Partage"
m'accueillera. Trop fatiguée pour partir en visite à travers la ville,
je retourne au café l’esprit tranquille.
La
grande salle est déserte, chacun vaque à ses occupations. Une femme
âgée tricote, un homme, qui pourrait bien être son fils, finit la
vaisselle, le chien dort près de la porte. Je sors cahier et stylo.
Nez
au vent, quelques pensées en ordre dispersé viennent atterrir sur la
feuille, elles sont sans importance. Ce qui se passe avec l’écriture, ce
glissement qui entraîne ailleurs, en d’autres lieux en similitude. Les
cafés elle a toujours aimé, s’asseoir dans un coin en ces atmosphères du
bout du monde, de nulle part. Vides ou pleins, ces endroits s’ouvrent
toujours sur cet espace vacant en soi.
L’adolescente
allait ainsi de port en port dans la ville de Chartres, retardant le
retour à la maison. Elle prenait le dernier train, trichant avec son
emploi du temps, séchant parfois les cours, se perdre dans la ville…
Quand
la brume automnale effaçait le contour des rues elle marchait des
heures, atteignait les vieux quartiers derrière la cathédrale,
retrouvant d’autres pas, en d’autres cités.
Elle
attendait ce moment où son corps glissait entre les mailles du filet,
alors la marche devenait une danse, suspendue dans cet espace infini qui
s’ouvre là.

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