L’association
"Partage" œuvre pour la réinsertion des grands paumés dans un ancien
couvent. A l’occasion ils hébergent des pèlerins. L’accueillant, c’est
ainsi qu’il s’est nommé, m’a présenté les activités, le projet.
C’est
toujours le même discours, je le connais, je l’ai pratiqué, y est cru,
et finalement.... Bon, nous partageons le petit déjeuner. Il me demande
si je suis une religieuse, et, si "ce bâton" a quelques utilités ? Non,
je ne suis pas religieuse, oui le bâton est utile. Il aide dans les
montées et marque le tempo de la marche. Et puis, (mais ça je ne lui dis
pas), ce bâton est mon compagnon. Nous nous sommes trouvés, éprouvés
l’un à l’autre, partageant tout depuis ce jour dans la forêt, son âme de
bois veille nuits et jours.
Avec
cette rencontre, ces certitudes qui s'affichent, le mépris perceptible
derrière un air "bien comme il faut", la question du social vient
s’immiscer dans ce voyage au bout du bout. Et me voilà à frapper la
question au rythme de mes pas.
Pour
cet homme aucun doute, les pauvres, les chômeurs, doivent se bouger le
cul pour réintégrer les forces vives, et on va les aider à ça ! Question
d’éducation, question de formation, question de soins. Le manque de
travail ? Personne ne semble remarquer que du temps où le système avait
besoin de bras, les travailleurs étaient parfaitement adaptés.
J’avais
pensé avec cet engagement dans le social (le mien) participer à plus de
justice, jusqu’à me rendre compte du marché de dupes, voir le mensonge.
Car en vérité, il est question de contrôle social, et ce à tous les
niveaux, celui de l’assistanat, celui de l’éducation, celui de la
relation d’aide. De quoi écrire un livre, ces maltraitances faites au
nom de l’assistance à enfants en danger ! Ainsi va la marche de ce
monde…
De
Thiviers à Périgueux, la départementale porte le nom de route Napoléon,
elle est toute droite, enfin jusqu’à Sorges c’est ennuyeux mais
tranquille.
Sorges
est un cocon vide, les fontaines n’y crachent plus qu’un liquide impur.
Ailleurs aussi, les fontaines se sont tues, mais ici impossible de
trouver de l’eau, on me ballade d’un point à un autre, et je ne trouve
que des robinets condamnés. Pareil pour le téléphone, pas de cabine, il
faut attendre que la poste ouvre. Je m’entête, je ne partirai d’ici
qu’après avoir pu téléphoner et la gourde pleine.
Je
m’installe sur un banc, à l’ombre d’un bosquet face au bureau des PTT.
Il est début de l’après midi, on dirait qu’ils font tous la sieste. Puis
une petite grand-mère est sortie avec sa canne, à pas menus. Elle ne
m’a pas vue. Je l’entends papoter avec une voisine. La place s’anime peu
à peu, comme des souris qui sortiraient de leur trou. Il y en a celui
qui va vers une voiture qui laisse tourner le moteur, retournant
chercher quelques objets dans la maison. Il y a la postière qui sort
prendre un sac dans sa Peugeot. Une autre observe du coin de l’œil,
l’étrangère à ce lieu.
Le
téléphone de la poste était en dérangement. Pour trouver de l’eau il
m’a fallu me rendre à la mairie, suis restée coincée dans la porte avec
mon barda. Un employé a du ouvrir les deux battants, si non j’y étais
encore.
De
Sorges à Périgueux la route Napoléon devient la route de la mort. Pas
de place sur le bas coté, la circulation est dense et rapide. J’avance.
A
un carrefour, au volant de sa camionnette, un homme me sourit. Vrai, il a l'air sympa, et puis le premier sourire de la journée,
je m’empresse de lui répondre. Je le retrouve un peu loin, il m’attend,
il m’appelle : « Viens, viens... », il est entrain de se masturber. Oui,
ce n’est pas si simple un sourire !
Et
maintenant cette femme, dans ce café minable qui ne sait rien, pas même
la douceur de la voix, la tendresse des yeux. Tout aussi désagréable
que celle de ce matin qui n’avait pas de toilettes dans son débit de
boisson.
Foutue journée, inutile d’insister ! Je m’arrête. Je monte la tente dans un sous bois et vite, vite, je m’endors…

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