Réveil
à 6 heures, le soleil se lève dans un ciel vacuité, j’aperçois près de
ma couche un crapaud. Il est plus apeuré que moi le bougre. Hier, j’ai
entendu parler du sort qu’on leur réserve dans cette maison, alors, je
m’emploie à le chasser de la véranda. Mais l’animal ne comprend pas, il
ne semble pas savoir que je cherche à le sauver, et il résiste là où il
lui faudrait prendre la poudre d’escampette. Je n’ose pas y mettre les
mains, un crapaud quand même ça doit donner des boutons ! C’est à l’aide
d’un balai que je réussis à le mettre sur le chemin de sa liberté.
Le coup du baiser ? J’ai pas essayé, qu’est ce que je ferai avec un prince charmant dans cette aventure ?
Parfois,
comme en ce matin si beau, vrai, elle marche, c’est à peine si elle
touche le sol. Le sac n’est plus, alors, un poids sur les épaules qui
écrase et tasse, il se dresse droit dans le ciel, et le bâton fend une
eau qui chante.
Soudain,
à la sortie d’un virage, une horde sauvage. Elle se frotte les yeux,
s’arrête, les comptent, ils sont plus d’une dizaine. Certains à petits
trots, d’autres au pas, ils avancent sur la route en toute liberté. Ils
la dépassent, un seul corps. Encore étourdie par la vision, elle se dit
qu’il faut faire quelque chose, une voiture pourrait arriver à vive
allure et ce serait l’accident.
Pas
"âme qui vive" à l’horizon, plus loin sur une route adjacente qui
serpente un mont, une maison. Elle sonne à la porte, après un long
moment une femme vient ouvrir. C’est la sœur du propriétaire des
chevaux, elle prend l’affaire en main et remercie.
Achats
à La Sauvetat du Dropt, l’église était ouverte. Les paysans se pressent
pour rentrer les foins, de l’orage est prévu pour ce soir.
J’arrive
de bonne heure à Duras. Une nouvelle fois, impossible de trouver la
carte IGN. Le camping est fermé. Au château, on me dit que je peux m’y
installer, qu’un employé municipal viendra m’ouvrir les sanitaires.
Les tours s’élèvent au ciel, les murailles affrontent les fossés, le camping est là, sur le chemin de ronde.
Il
est trop tard pour faire la visite du château, en d’autres temps
j’aurais ragé. Je ne pouvais passer près d’une chose "digne d’intérêt",
sans vouloir à tout prix en profiter, pas devenir propriétaire, mais
goûter, toucher, découvrir, et cela depuis l’enfance. Je me souviens de
moments de frustrations si grands.
Ce
soir, ce n’est pas la fatigue, c’est sans importance, rien ne manque.
Le château est là, avec tous ses secrets. Je crois bien que je les
entends se murmurer…
Il
y a eu sur le coup de 20 heures, une grande affluence. Le camping c’est
aussi le parc public, au moins à cette époque où il est fermé. Les
habitants viennent y flâner, et profiter du coucher de soleil. Celui-ci
avec son chien, celle là avec mère grand, un petit groupe de familiers
papote un peu plus loin, tous sont très surpris de me trouver installée
ici. Mais déjà on m’oublie, c’est que ce soir, le couchant n’en finit
pas de parer le ciel de pourpres couleurs. Chaque soir…, on ne s’habitue
pas à tant de beauté.
Dans
des rougeoiements enflammant tout le ciel, la terre a basculé du coté
de son ombre, elle a plongé inexorablement dans la grande nuit. Le
témoin est saisi, ce moment est unique. Il plonge dans ce mouvement de
la terre qui n’en finit pas de se tourner vers son ombre, et de s'en
extirper.
Et
puis, au milieu de la nuit, le témoin s’éveille : lune est au zénith,
accompagnée de deux sentinelles, l’une d’entre elle tellement lumineuse.
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