Départ dès 7 heures, accompagnée de mes hôtes et de la chienne, c’est la coutume.
La bête ne s’intéresse plus à moi, elle file à toute allure en direction du pont de la Garonne. Nous courrons derrière elle.
Ce
périple prend fin après la traversée du pont, devant une vierge, où
tradition veut que l'on fasse une prière, "amen", puis se sont les
adieux. D’un pas tranquille, à mon rythme retrouvé, je prends la
direction de Grignols. Je respire, je viens de quitter toute la
pesanteur de mon enfance, où prières et confessions imposées par la loi
de dieu et la loi de mère, me vrillaient la tête, et le corps.
Drôle de journée en vérité, un peu avant le passage au-dessus de l’autoroute, agression de deux paysans.
En
quête d’un support pour ôter mon sac, j’aperçois aux abords d’un champ,
un puits à la bonne hauteur. Il est arrivé, furieux et franchement
hostile, me demandant ce que je fais là. Je lui explique la situation et
le rassure, dès que j’aurai avalé mon quignon de pain, je reprends la
route. A peine a-t-il quitté la place qu’un autre rapplique, tout aussi
soupçonneux et désagréable. Il se présente comme étant le maire de la
commune, et à ce titre demande à voir ma carte d’identité.
Je
commence à perdre patience, refuse tout net d’obtempérer, et lui
demande de quoi il a peur. « On ne sait jamais, on voit tellement de
drôles de choses ! » Je le prends de haut, lui étale ma science, lui
montre à qui il a à faire. Il ne s’attendait pas à ça, il perd sa belle
arrogance. Le voilà qui s’en va, je ne m’attarde pas dans cet endroit.
Un
moment, elle imagine ce qui aurait pu arriver à un autre dans cette
situation, un qui par exemple n’aurait pas parlé français, ou avec un
accent, ou qui aurait très bien parlé français mais avec la peau
basanée… "Et toi ! Pauvre femme ! Deux hommes ! " murmure la petite
voix. Elle ne sait rien de cela, elle est ce chemin, il ne peut
rien lui arriver d’autre que ce qui se doit.
Et
puis la chaleur, et puis la fatigue, et puis ce chien dans le champ qui
court vers moi en gueulant, et cette petite grand-mère qui le rappelle
en le sermonnant.
De loin comme ça, elle te ressemble tellement.
Ah,
tu n’as jamais eu à me consoler. Enfin, je ne m’en souviens pas. Auprès
de toi, il y avait cette espèce de paix, de joie tranquille, j’aimais.
Le soir tu m’emmenais dans l’étable, tu trayais tes vaches et, installée
dans la tiédeur du foin, dans cette odeur, je me sentais si bien.
C’était un cocon familier, où rien ne pouvait arriver. C’était juste
tranquille, tu étais là, heureuse de ce que tu faisais.
Tu
n’es plus. Tu es partie à l’aube d’une longue nuit, si longue, je t’ai
vue jusqu’au dernier instant auprès de nous. Eux ne te voyaient pas, et
ils avaient peur, je te disais au revoir.
Là, en ce moment hostile, comme j’aimerai te serrer dans mes bras, ma petite grand-mère…
J’arrive
à Grignols exténuée. La ville est particulière, tout en longueur, enfin
je m’y sens étrangère. Le camping, une aire naturelle déserte au bord
de la route bruyante.
J’ai
monté la tente, mangé la soupe, et puis… une vague de fond qui emporte
tout. Une tristesse infinie jaillissant d’un gouffre sans fond. C’est
grand, tellement, que je n’y suis plus. Le corps se blottit, abandonne
la partie, et le sommeil vient le cueillir pour un aller sans retour.

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