samedi 9 août 2025

Chemin de Compostelle - Le 12 Juin 1999

 

Première journée de grosse chaleur depuis notre arrivée en Espagne. Je m’épuise vite dans cet air qui s’appesantit comme une chape de béton, l’air vient à manquer. Estrella est là, si belle, mais plus de force pour aller lui rendre visite.
Ce matin était un autre jour, le bel homme est reparti. C’est "un qui rentre" qui se présente ce soir. C’est le deuxième que nous croisons, un de ces "fous" qui font le retour à pied. Comme un feu qui les habite, une force qui les fait avancer dans une intensité intérieure, palpable, agissante, si puissante.
 
Stéphanie souffre de tendinite, Jean-Loup lui promet de ralentir le rythme demain.
Dans le refuge déserté par nos compagnons partis à la messe, nous partageons le pain et le vin. Rotraud a choisi ce soir un melon jaune, Markus découvre et apprécie les vins espagnols.
C’est vrai que les vins espagnols sont bons, vins de pays de qualité. Nous voici parfaitement détendus et gais, amis d’un jour, amis toujours.

Soudain, c’est venu comme un bruit de casseroles en folie, une quincaillerie en délire, ce sont les cloches qui appellent pour la messe. Je ris, c’est si inattendu. Puis le rythme s’accélère, et s’amplifie, le son me pénètre et me fait silencieuse, aux aguets, quelque chose se dit là qui me trouble, comme un appel auquel mon corps répond.
 
Le dortoir s’est rempli. Dans la nuit, les ronflements vont bon-train, pourtant Monica est silencieuse. Je m’impatiente, ne pouvant trouver le sommeil, je cherche refuge dans la cuisine. Bien avant l’aube je suis réveillée par un pèlerin qui déjà prend le chemin, je rejoins le dortoir.
Entre deux états, deux mondes, du bruit est venu de la rue. Un groupe d’hommes, des espagnols qui échangent bruyamment.
Si tôt, l’air a une qualité particulière, les sons y éclatent comme les premières lueurs du jour qui ne vont pas tarder, je ne suis pas vraiment éveillée, et pourtant ce qui se passe là dehors, j’y suis tout à fait présente. Ces voix graves, énergiques sont les hommes eux même. Ils viennent de la ville, fiers et forts, ils approchent. Puis ils stoppent sous nos fenêtres dans un silence qui s’impose et remplit l’espace, un silence habité. S’élève alors un chant clair, d’une grande beauté, un moment unique qui balaie la fatigue, joie partagée.
Ils s’éloignent, je les accompagne loin, loin, le bruit de leurs pas, je marche avec eux.
Un souffle vient de passer.

 


 

2 commentaires:

  1. "Si tôt, l’air a une qualité particulière, les sons y éclatent comme les premières lueurs du jour qui ne vont pas tarder," si vrai

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