samedi 16 août 2025

Chemin de Compostelle - Le 18 Juin 1999

 

Il semble bien que nous soyons Vendredi, pas moyen de le vérifier j’ai perdu mon agenda électronique, oublié au refuge de Najera et là, je suis seule.
J’ai quitté la bande, trop de promiscuité, de complications, de non-dits.
Ni une, ni deux, me voilà partie avec mon barda.
L'endroit où je campe est un peu près de la route, mais sympa : un pont, des arbres, un petit coin de verdure aménagé avec des tables et barbecues.

Aujourd’hui a été une journée étrange, dans la lignée de celle de la veille : l’orage, la cocina, la rencontre de Markus dans l'église, ce sentiment étrange, comme un souvenir…
Ce matin, je suis partie tôt. Je sortais de la rue que j’ai entendu des pas, Markus était derrière moi. Pour la première fois, j’ai réellement fait un effort pour m’exprimer en Anglais. Nous sortions de la ville que nous avons retrouvé Albert arrêté pour ranger son anorak dans son sac.
Visiblement ces deux là ne souhaitaient pas se rencontrer. Markus a filé devant, Albert faisant ce qu’il fallait pour me retarder. Je me suis prêtée au jeu, et loin devant le grand jeune homme a disparu, je l’ai revu dans l’église du village juste après Granön, puis à nouveau il a disparu.
A plusieurs reprises j’ai croisé Albert, il traîne la patte, souvent arrêté pour consommer.
A Viloria de la Rioja, village natal de St Dominique, tous les chiens sont venus me retrouver. Je suis restée à manger là, sur la place. J’ai aimé l’endroit, désert, perdu ; de la musique venait d’une maison, juste les quatre pattes, cette femelle aux mamelles protubérantes vides du lait qu’elle n’avait plus. Ces chiens errants vivent libres et ne sont pas agressifs, ceux là sont infiniment doux.
Arrivée à Belorado, Markus a l’air sombre : « Tu arrives tard ! », Albert est encore attablé, et ces dortoirs exigus, sans fenêtre. Voilà que j’étouffe, alors j'ai repris le sac et traversé seule la ville, chercher un coin pour planter la tente.
Trop d’ambiguïté, j’ai filé sans rien dire à personne.

"Qu’aucune créature n’ait peur de moi, car tout est sorti de moi" Voilà ce qui serait bon d’affirmer.

Les cloches sonnent au loin au monastère.

 


 

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