Que
le plateau était froid dans ce vent glacial si matinal. Perdu dans un
petit val de cette immensité, un ermitage, chaud, accueillant. Un homme
solitaire m’a offert un café. Si un jour je refais ce chemin, c’est ici
que je viendrai passer la nuit.
Et
enfin, le bout du bout et le village au fond d’un trou. Là plus de
vent, avancer dans les ruelles, retrouver Markus. Après
c’est le soleil qui prend le dessus. Et le ciel, tellement bleu,
vacuité, et les paysages si beaux, c’est un mouvement d’allégresse, une
communion intense.
Et puis comme d’un rêve surgit Castrojeriz, le château, les plateaux à l’horizon, l’église, le village plus loin…
Gracias
seigneur, moulto gracias, pour toute cette beauté. Je suis partie sans
rien imaginer de ce chemin, et me voici ébahie. Quel pays fascinant !
Ici
l’accueil est bousculant. Déjà Pamola fait croire à Markus que ce n’est
pas le refuge, qu’il faut encore marcher. La tête qu’il fait ! c’est
tellement attendrissant. Nous entrons le chef hospitalieros nous prend
en main: tu ne parles pas l’espagnol ? Tu devrais ! Et respecte bien les
consignes !
Nous avons écouté sagement, comme deux enfants raisonnables, et je pense que nous étions alors ces deux enfants...
Après
toutes ces recommandations : portes fermées à 22 h, pas de réveil avant
6 h, laver le linge dehors, etc. il te dit en te tapant sur l’épaule : « Tu
es ici chez toi ». Et pour finir, il porte mon sac, jusqu’au lit qu’il
me désigne. C’est bien la première fois...
Maintenant je m'affaire, deux nuits avec les ronflements c’est trop ! Je suis si fatiguée. Que faire ? J’ai été inspecter le jardin, trop de bosses. La cuisine ? Ce qui est incroyable c’est que certains arrivent à dormir dans cette chaleur, ce bruit permanent de sacs qu’on déballe, range, et les ronflements ! Mais moi, je ne peux pas. Je verrais ça ce soir...
J’ai retrouvé l’amie Mexicaine, quelle vitalité ! Je n’ai plus revu Albert depuis mon départ précipité du dortoir sans fenêtre, peut être est t-il avec Anthony à faire le camino en stop ? Hier, il y avait un mot sur le livre d’or, un mot de Stéphanie et Jean-Lou, Esther est avec eux, peut être si j’accélère le rythme après Fromista…
Demain, dernier jour avec Markus, il quitte le camino, va retourner à sa vie de jeune homme, là bas en Allemagne.
Tant de beauté et d’espace, sur terre, à l’horizon, dans le ciel, me font tout oublier.
A
travers les ruelles de la petite ville, les traces d’une époque
florissante, ruines, en pans de murs, en toits éventrés, en escaliers de
pierres suspendus, Markus m’entraîne jusqu’aux vestiges du château. La
vue est magnifique.
L’étreinte
du regard se fait caresse, je lui échappe, je le sens si suppliant et
plein de reproches. Non, Markus... non, ce n'est pas raisonnable, je
suis si raisonnable...
Le ciel chavire entraînant les nuages dans un safari de couleurs.
Le mauve a cédé la place au bleu encre et la nuit s’étend doucement.
Je traîne avant d'aller me coucher tant j’appréhende.
Je
décide de rejoindre la cuisine pour dormir, mais ici il n’en est pas
question, je me fais virer alors que je déambulais avec mon duvet, virée
malgré mes revendications. Alors
pour la première fois depuis mon entrée en Espagne, la colère puissante
m’envahit, elle bouscule tout, se déchaîne, un cri silencieux s’élève.
Je m’effondre ! Aller, ces pauvres ronfleurs n’y sont pour rien !
Je m’endors enfin.

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