Une
plainte déchirante dans la nuit. Cela vient du bois. Impossible de
reconnaître ce qui se passe là. Je suis restée attentive au moindre
souffle jusqu’au petit matin, puis me suis endormie pour un court
moment, alors il a fallu se lever.
La
marche est difficile, le manque de sommeil, bien sûr, mais aussi, ce
cri resté au creux de mon ventre et son écho monte et me noue la gorge.
Un
peu avant La Châtres, je m’arrête aux abords d’un château. Il est habité,
et l’entrée du parc est signalée par diverses interdictions et menaces,
aussi celle d’un chien méchant qui monte la garde.
Les chiens, en voilà un sujet d’angoisse. Avant même que le danger se
présente, l’idée de ce qui pourrait se passer. Il y a quelques jours,
une véritable panique, alors qu’un boxer s’acharnait sur la clôture pour
me rejoindre.
Je
ressassais cet événement, assise sur un gros rocher, lorsque deux
furies ont surgi. J’ai bondi sur mes deux pieds, j’en aurai eu quatre
j’aurai bondi sur les quatre, j’en aurai pas eu du tout j’aurai bondi
quand même. Elles se sont jetées sur moi… ardentes de tendresse,
joyeuses, joyeuses. De boue et de baveuses léchouilles elles m’ont sali
les mollets et le caleçon tout propre. Aucun soulagement à les trouver
aussi inoffensives, aucun humour devant le constat que les propriétaires
du château ont bien mal choisi leurs molosses.
Malgré
tous leurs efforts pour m’entraîner dans leur folle cavalcade, je me
renfrogne de plus en plus, perdant un temps considérable à trouver une
solution pour me débarrasser d’elles.
L’arrivée à La Châtres, alors qu’il est l’heure de manger, est laborieuse.
Les quartiers périphériques sont toujours longs à traverser, on croit
avoir atteint son but mais il reste toujours plus d’effort qu’on ne le
pense.
Alors,
je m’offre un repas au restaurant. Et bien que le patron ne soit pas
aimable, et le steak très moyen, je passe un moment agréable à la
terrasse.
Je
reconnais La Châtre, en franchissant le pont de la ville basse, sans me
souvenir de l’époque où j’y serais venue. Visite du musée de George
Sand, les pieds nus. Je suis seule, à déambuler en ce lieu. Le carrelage
est si froid qu’il faut rechausser.
Quelques
achats, j’ai même trouvé une nouvelle cartouche de gaz. Mon
accoutrement intrigue dans ces petites villes bourgeoises, je ne
m’attarde pas, je file vers le camping où je pourrai passer la nuit et
laver le linge.

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